Sébastien Arsenault est un témoin et un acteur privilégié de l'organisation d'événements cyclistes de premier plan au Canada. Président du Comité d'organisation des Championnats du Monde Route UCI 2026, il organise également chaque année le Grand Prix Cycliste de Québec et le Grand Prix Cycliste de Montréal, deux épreuves de l’UCI WorldTour créées par son père Serge. La semaine dernière, ces deux épreuves ont couronné des champions de la trempe de Remco Evenepoel (BEL) et Isaac del Toro (MEX). Sébastien Arsenault et les routes canadiennes se préparent désormais à accueillir les batailles pour le maillot arc-en-ciel.
Comment passe-t-on de l'organisation d'événements de l’UCI WorldTour aux Championnats du Monde Route UCI ?
Sébastien Arsenault : Je crois que le mot continuité est vraiment le mot approprié. J’ai des souvenirs des premières courses que mon père a organisées en 1988, avec la victoire de Steve Bauer au Grand Prix des Amériques. Quand je fais un flash-back sur tout ce qui a bien marché, tout ce qui a moins bien marché, je vois la suite d’un chapitre écrit au fur et à mesure. Les Championnats du Monde Route UCI, j'en rêve depuis 2013, 2014, quand les Grands Prix cyclistes de Québec et de Montréal ont commencé à connaître un certain succès. Il y avait le respect des coureurs, la présence des spectateurs, la satisfaction des partenaires privés et publics. Ces Mondiaux UCI sont la suite de toutes ces années, de tout ce travail et de toute cette passion, mais surtout de toute cette collaboration. Des événements d’envergure, on ne les fait pas seul. Je peux revoir des centaines, des milliers de visages de gens qui nous ont appuyés. Cela reste un immense privilège.
Que voulez-vous montrer aux suiveurs du monde entier ?
Sébastien Arsenault : Au début, en 2010 ou 2011, j’avais lu certains commentaires : « C’est quoi, ce truc ? C’est quoi, ce bazar d’aller courir en Amérique, au Canada ? » Mais quand les gens ne connaissent pas, ils peuvent parfois être un peu à côté. Le succès des Grands Prix de Québec et de Montréal va être décuplé. Le cyclisme arrive souvent chez nous pour deux journées, deux courses de six heures, puis on attend un an. Avec les Mondiaux, nous allons offrir ce que j’appelle les Olympiques du vélo pour la route : le bonheur, le plaisir, la passion, le rythme et l’énergie des Grands Prix, mais étendus sur huit jours de compétition. Avec le côté réceptif et généreux du public canadien, québécois et montréalais, je suis convaincu que ce sera une des plus belles fêtes que le vélo aura vécues depuis longtemps.
Quels seront les grands défis de l’organisation ?
Sébastien Arsenault : Organiser une course d’un jour pour des Élites UCI WorldTour est une chose. Planifier la sécurité pour des Juniors venus de partout dans le monde en est une autre. La spécificité des Championnats du Monde, c’est ce côté rassembleur du peloton, un peu comme aux Jeux Olympiques. Il y aura environ 1 000 athlètes et 5 000 accompagnateurs. Les Mondiaux ne sont pas seulement des courses sur route Élite : la complexité est multipliée par dix, quinze ou vingt. Nous gérons aussi la télévision, les transports, les accès, les hôtels, les visas. Tout est lié. Même le resurfaçage des routes relève de l’élément sportif : c’est notre stade, notre vélodrome urbain. Les routes ne nous appartiennent pas, elles nous sont prêtées. Il faut les respecter, et surtout respecter la sécurité des coureurs.
Que représente le mont Royal dans ce parcours ?
Sébastien Arsenault : Quand l’idée des Mondiaux est née, j’en parlais avec des anciens coureurs professionnels, notamment Bernard Hinault. Face aux grands cols mythiques du Tour de France, du Giro ou de la Vuelta, je me demandais si notre parcours ferait figure de jeune garçon en culotte courte. Il m'a coupé la parole immédiatement pour me contredire : « Non, pas du tout ! Avec les courses en circuit que vous avez développées, très difficiles et sans répit, la montée de Camillien-Houde devient un peu votre Poggio, votre Alpe d’Huez. » Une course cycliste est une course d’endurance, de stratégie, mais surtout d’épuisement. J’ai rapidement compris qu’avec Camillien-Houde, j’avais le personnage principal de mon film : il sera présent et ne décevra pas.
Parmi les autres grands acteurs, il y a Magdeleine Vallières Mill, qui défend le titre de Championne du Monde UCI décroché l'an dernier...
Sébastien Arsenault : C’est notre fierté et une chance en or. C’est une jeune femme d’une grande humilité et d’une grande générosité. Elle a saisi sa chance à Kigali et est allée jusqu’au bout. La voir avec le maillot arc-en-ciel dans les jours qui précèdent les Mondiaux est un immense privilège. Le peloton féminin est énormément monté en puissance ces dernières années. Je suis pratiquement toutes les courses des femmes. Elles donnent franchement un spectacle qui, pour moi, me cloue dans mon fauteuil : j’apprécie chaque seconde jusqu’au final. Savoir que nous avons une Championne du Monde qui fait partie de ce peloton-là est un privilège.
Quels autres cyclistes canadiens peuvent attirer la lumière pendant la semaine des Mondiaux UCI ?
Sébastien Arsenault : Nous avons aussi Alison Jackson, notre gagnante de Roubaix, une force de la nature, une personnalité attachante et unique. Avec aussi Olivia Baril, puis Isabella et Ava Holmgren chez les Moins de 23 ans, qui ne font que monter en puissance, nous n’avons peut-être jamais été aussi bien représentés dans le cyclisme féminin mondial. Les supporters attendent également des coureurs comme Hugo Houle, Derek Gee, Michael Woods. Ce sont des coureurs avec beaucoup d'expérience, qui ont accompli d'immenses exploits, et qui ont touché le public. Ils sont passés par l'équipe nationale, qu'on a été parmi les premiers à inviter sur des épreuves de l'UCI WorldTour. En 2010, quand Thomas Voeckler gagne à Québec, il donne une paire de gants à Derek. Et c'est devenu une énorme source de motivation pour qu'il devienne un grand champion. Aujourd'hui, c'est au tour de ces athlètes de partager. Leurs exploits, leur humilité et les risques qu’ils prennent font aussi la beauté du sport.