Gravel : une discipline récente aux racines aussi anciennes que le cyclisme

Retour sur l’histoire du gravel avant les Championnats du Monde UCI

À quelques jours des Championnats du Monde Gravel UCI 2026, qui se dérouleront les 10 et 11 octobre à Nannup, en Australie, retour sur l’histoire d’une pratique résolument moderne, dont les racines remontent paradoxalement aux origines mêmes du vélo.

Des courses qui affichent complet, des vélos dédiés, des champions venus de tous les horizons : le gravel connaît un essor spectaculaire et dégage une indéniable modernité. Il fait pourtant partie du cyclisme depuis toujours. Dès que la bicyclette est devenue assez maniable pour quitter les vélodromes, des pionniers l’ont emmenée hors des sentiers battus pour explorer le monde sur toutes sortes de terrains. Sans le savoir, ils inventaient le gravel.

C’est l’essence même du vélo : se mettre en selle et rouler où l’on veut, comme le font tous les enfants. C’est ainsi qu’est née une scène à part entière, avec son matériel et ses épreuves. Entre route et tout-terrain, le gravel rassemble aujourd’hui d’innombrables coureurs professionnels et amateurs à travers le monde, et joue un rôle clé dans l’évolution du cyclisme.

Des racines européennes

Née au 19e siècle, la bicyclette a d’abord favorisé la mobilité de masse, avant de donner naissance à des épreuves mythiques comme Liège-Bastogne-Liège (1892) et Paris-Roubaix (1896). À l’époque, la plupart des routes étaient pavées ou recouvertes de gravier. Les photos en noir et blanc des premiers Tours de France montrent des coureurs gravissant des cols au milieu des cailloux, sur de lourds vélos dépourvus de dérailleur. Le mot n’existait pas, mais ces pionniers faisaient bel et bien du gravel.

En 1955, au Royaume-Uni, un groupe de cyclistes fondait la Rough-Stuff Fellowship, qui se présente comme le premier club de ce type au monde. « Quarante membres qui, pour s’adonner à leur passe-temps, empruntent les chemins les plus rudes et les moins fréquentés, ont assisté à la réunion inaugurale de la Rough-Stuff Fellowship, au pub Black Swan de Leominster », rappelle le site internet du club.

Le renouveau nord-américain

Le gravel moderne prend son essor dans les années 1990, en Amérique du Nord. Créée en 1994 dans l’Ontario, au Canada, Paris to Ancaster est largement considérée comme la première épreuve de gravel des temps modernes. Elle rend hommage à Paris-Roubaix, dont elle partageait la date lors de sa première édition.

« Depuis plus d’un siècle, les routes du nord de l’Europe accueillent les courses cyclistes les plus difficiles au monde, expliquent ses organisateurs. La plus célèbre d’entre elles, Paris-Roubaix, se dispute chaque printemps sur des routes pavées impitoyables, préservées dans leur état d’origine depuis plus de 100 ans. Inspirée par cette Classique, Paris to Ancaster se dispute depuis 1994 sur les chemins agricoles, sentiers et routes de gravier les plus rudes que nous puissions trouver. »

Aux États-Unis, la pratique gagne en popularité à la même époque. Elle serait issue de la culture du vélo-camping des années 1980. Les hivers glacials du Midwest, qui poussaient les cyclistes à délaisser les pistes gelées, l’ont aussi encouragée, tout comme plus de 2,2 millions de kilomètres de routes non revêtues, un immense terrain de jeu loin des voitures.

Du Kansas au monde entier

Les fondations du gravel actuel sont posées au milieu des années 2000. En 2006, Jim Cummins fonde avec Joel Dyke la Dirty Kansas, dans les Flint Hills, une région réputée pour ses routes de gravier vallonnées. La première édition, longue de 200 miles (environ 320 km), réunit 34 coureurs. Ils étaient plus de 4 000 en 2022. Entre-temps, l’épreuve a été rebaptisée Unbound Gravel en 2020, à la suite d’une pétition, son ancien nom étant jugé offensant envers les peuples autochtones de la région.

Née en 2009 dans le Michigan, Barry-Roubaix rend elle aussi hommage à Paris-Roubaix et revendique le titre de plus grande course sur routes de gravier au monde.

Un nouveau genre de vélo

La paternité du premier vélo de gravel reste débattue, mais beaucoup l’attribuent à Salsa Cycles. En 2012, l’entreprise du Minnesota lance le Warbird, plus à l’aise en tout-terrain qu’un vélo de route, et plus confortable et plus pratique pour le transport de bagages qu’un vélo de cyclo-cross. Empattement allongé, géométrie plus souple, place pour des pneus plus larges, points de fixation pour le voyage à vélo : un nouveau genre de vélo était né.

Ces innovations ont ensuite profité à d’autres disciplines. Sur la route, les cadres acceptent désormais des pneus plus larges, synonymes de confort accru. C’est un atout essentiel à l’heure où les organisateurs multiplient les secteurs non revêtus, jusque dans les Grands Tours.

Une discipline à part entière

Lancée en 2022 en partenariat avec l’agence belge Golazo, la Série Mondiale Gravel UCI a rencontré un succès populaire immédiat. Elle compte 45 épreuves en 2026, sur tous les continents, et permet de se qualifier pour les Championnats du Monde Gravel UCI, organisés depuis la même année. Paris to Ancaster a d’ailleurs figuré à son calendrier en 2025.

« Le grand succès des courses de gravel, c’est la découverte de nouvelles routes de campagne cachées, sur lesquelles des coureurs de tous niveaux, de l’élite de l’UCI WorldTour aux amateurs, peuvent emprunter les mêmes parcours lors de ces épreuves à forte participation », soulignent les promoteurs de la série.

L’ambiance est conviviale, mais la compétition n’en est pas moins féroce, comme le souligne Kasia Niewiadoma-Phinney, icône de la route et Championne du Monde UCI de gravel dans la catégorie Femmes Élite en 2023 : « Avant, quand j’entendais parler de gravel, je me disais : “Super, on va juste rouler longtemps, se détendre et s’amuser.” Mais c’est incroyablement dur. »

« J’ai l’impression que tous les routiers devraient le savoir, ajoute la star polonaise. On pourrait croire que le gravel est fait pour ceux qui n’ont pas vraiment envie de courir, mais c’est tout le contraire. »

Ce week-end à Nannup, des milliers de coureurs le vérifieront une nouvelle fois sur les chemins d’Australie-Occidentale. Plus de 130 ans après la première édition de Liège-Bastogne-Liège, le gravel rappelle que le cyclisme n’a jamais vraiment quitté les chemins.