Cet article est le troisième d’une série intitulée L’Échappée verte, consacrée aux mesures concrètes prises par les signataires de la Charte pour l’action climatique de l’UCI afin de réduire leur impact environnemental et de bâtir un avenir plus durable pour le cyclisme.
Copenhagen Sprint
Disputée chaque année en juin sur l’île de Seeland, au Danemark, la Copenhagen Sprint est l’une des plus récentes épreuves du Calendrier International Route UCI. Lancé en 2025 et organisé par WorldTour CPH P/S pour le compte de l’Union Cycliste Danoise, l’événement comprend deux courses, l’une inscrite au calendrier de l’UCI Women’s WorldTour, l’autre à celui de l’UCI WorldTour. Toutes deux partent de Roskilde et se terminent sur un circuit urbain au cœur de Copenhague, que le public peut parcourir à vélo, routes fermées, quelques heures avant le passage des professionnels.
En mai 2026, la Copenhagen Sprint a reçu le Trophée de l’action climatique UCI lors du Forum UCI Bike City et Mobilité d’Athènes, en reconnaissance des mesures de durabilité intégrées à l’événement dès sa première édition.
Une démarche collective
Bien avant la première course, la durabilité était au cœur du projet. Lorsque les organisateurs ont présenté leur candidature pour rejoindre l’UCI WorldTour, elle figurait, aux côtés de la forte culture du vélo du Danemark, parmi les principaux atouts de l’événement.
L’ambition était de rendre l’événement aussi durable que possible, selon trois axes. Sur le plan financier, chaque édition doit dépendre moins des fonds publics que la précédente, afin d’assurer la pérennité de l’événement. Sur le plan environnemental, l’objectif est de réduire l’empreinte de l’événement dans tous les aspects de son organisation, de la restauration aux déchets, en passant par l’énergie utilisée et les modes de déplacement. Sur le plan social, il s’agit d’être accessible et inclusif pour l’ensemble de la population, en ouvrant le circuit au public et en créant des possibilités d’emploi pour des personnes en difficulté sociale. Plus largement, l’événement entend laisser un héritage qui incite davantage de personnes à faire du vélo.
Pour traduire ces ambitions en actes, les organisateurs ont élaboré une stratégie de durabilité en août 2024, dix mois avant la première course, et constitué un groupe de travail chargé de sa mise en œuvre. Ce groupe réunissait des fonctionnaires de Roskilde et de Copenhague, villes de départ et d’arrivée, ainsi que Sport Event Denmark, l’organisme national chargé de soutenir les candidatures aux grands événements sportifs et d’en faciliter l’organisation. La participation des deux villes a permis d’inscrire les projets de l’événement dans le prolongement des politiques climatiques que chacune mène depuis des années. Sur la base d’un cadre déjà élaboré par Sport Event Denmark, le groupe a passé en revue chaque volet de l’organisation pour retenir les initiatives qui, une fois mises en œuvre, feraient une réelle différence.
Des engagements inscrits dans chaque contrat
Les fournisseurs ont constitué le point de départ. Chacun a reçu des critères précis pour fournir ses services et ses produits de manière responsable. Depuis, la Copenhagen Sprint entretient avec eux un dialogue ouvert sur la meilleure façon de respecter ces critères, et la plupart ont accueilli favorablement ces exigences. Lorsqu’un changement entraîne un surcoût important, les organisateurs ont accepté de l’assumer. Les choix responsables ne sont toutefois pas toujours plus onéreux. Le fournisseur de toilettes, par exemple, a été retenu pour sa moindre consommation d’eau et d’énergie, et s’est révélé moins cher que la principale alternative.
Le partage de données fait également partie de ces critères. Connaissant dès le départ les informations qui leur seront demandées, les fournisseurs peuvent en assurer le suivi au fil de l’organisation. Les organisateurs disposent ainsi de chiffres détaillés sur tous les aspects de leurs opérations : consommation d’énergie, déchets, restauration et production de produits dérivés, jusqu’au nombre de repas servis et de vêtements livrés. Certains fournisseurs n’ont pas pu fournir ce niveau de détail en 2025, mais se sont engagés à y parvenir, et cela deviendra une exigence ferme à l’avenir. Chaque année, une équipe de la Ville de Copenhague convertit les données brutes en chiffres d’émissions. Les progrès sont suivis dans un simple tableur, l’édition 2025 servant de référence pour les éditions futures.
Pour le public, l’un des changements les plus visibles concerne les menus. Depuis 2026, ni bœuf ni agneau ne sont servis dans les zones supporters et les espaces d’hospitalité, en raison de leur impact environnemental, et le respect de cette règle est contrôlé sur place. Les plastiques à usage unique sont également interdits, et un plan spécifique permet de valoriser les surplus alimentaires. Les emballages des boissons et des repas sont soumis à un système de consigne qui, en 2026, a permis d’atteindre un taux de retour de 94,32 %, permettant d’économiser 728 kg de CO₂ et 47 kg de déchets. Les consignes non réclamées ont en outre permis de récolter 8 060 couronnes danoises, reversées à Danmarks Naturfredningsforening (la Société danoise pour la conservation de la nature).
Au-delà des stands de restauration, les tentes, le mobilier et les podiums sont loués plutôt qu’achetés chaque fois que possible, et le matériel propre à l’événement est conçu pour être réutilisé d’une édition à l’autre. Lorsqu’un changement des couleurs de la Copenhagen Sprint a rendu certains drapeaux inutilisables en 2026, ils n’ont pas été jetés : un studio de design danois les a transformés en sacs de toile par surcyclage.
L’énergie et les déchets font l’objet du même soin. Les groupes électrogènes diesel sont interdits depuis la première édition. L’événement s’appuie sur les infrastructures électriques existantes de Copenhague, tandis que des batteries alimentent les espaces supporters le long du parcours. Certains points de rassemblement du public ont été déplacés, voire supprimés, lorsqu’aucune source d’énergie viable n’était disponible. Tous les déchets sont triés et pesés, et le ramassage dans les rues est assuré dans le cadre du Socialt Frikort (carte d’exemption sociale), un dispositif national qui aide les personnes éloignées de l’emploi à exercer une activité rémunérée, concrétisant ainsi les ambitions sociales de l’événement.
La route à parcourir
Les transports restent le principal défi, et les organisateurs ne cachent pas la contradiction qu’ils soulèvent. Accueillir un grand événement international implique d’attirer des visiteurs de l’étranger, ce qui complique la réduction des émissions. Situer l’arrivée au centre de Copenhague, où les transports publics sont facilement accessibles, incite par ailleurs les spectateurs à laisser leur voiture au garage. En 2025, plus de 8 000 titres de transport public spécial événement ont été vendus. En 2026, ce chiffre est passé à 13 500 titres de transport.
Les équipes sont elles aussi encouragées à se déplacer de manière plus durable. Le guide technique de la course recense les bornes de recharge et des moyens plus durables de rejoindre Copenhague. Il détaille également la zone à faibles émissions de la ville, où les véhicules diesel les plus anciens sont verbalisés. Les amendes étant à la charge des équipes, certaines ont cherché des alternatives, comme louer un camping-car au Danemark plutôt que de venir avec un grand véhicule d’équipe.
Après deux éditions, les organisateurs voient leur démarche en trois étapes : l’édition 2025 a posé les bases, l’édition 2026 les a consolidées, et l’édition 2027 doit permettre de franchir un nouveau cap. Les progrès les plus faciles ayant déjà été accomplis, les prochaines étapes seront plus exigeantes. Parmi les pistes étudiées figurent le recrutement de coureurs comme ambassadeurs de la durabilité, l’utilisation des écrans géants pour des campagnes d’information et une collaboration plus étroite avec l’UCI sur les questions qu’aucun événement ne peut résoudre seul. La réussite dépendra de la mobilisation de chacun, et jusqu’ici, les signaux sont encourageants.
« Ce qui m’a vraiment surprise, c’est la réaction très positive des gens lorsque je leur explique que la Copenhagen Sprint a des ambitions en matière de durabilité et que je leur demande s’ils souhaitent y contribuer, a déclaré Freja Fischer-Møller, responsable de l’organisation opérationnelle de la Copenhagen Sprint. Les gens veulent apporter leur pierre à l’édifice. Souvent, le seul obstacle est un manque de connaissances, et c’est à nous d’y remédier. Mais la volonté est bien là, et c’est très encourageant. »
À propos de la Charte pour l’action climatique de l’UCI
Adoptée en septembre 2022, la Charte pour l’action climatique de l’UCI constitue le cadre collectif du cyclisme en matière de responsabilité environnementale. En la signant, les organisations s’engagent à progresser sur huit principes clés. Parmi eux figurent la mesure et la communication de leurs émissions selon des normes reconnues au niveau international, la réduction des déchets, le recours prioritaire aux énergies renouvelables, la promotion des mobilités actives et bas carbone, ainsi que la protection de la biodiversité. Les signataires ont en outre la possibilité d’échanger avec d’autres acteurs du secteur du cyclisme à diverses occasions, notamment lors de webinaires dédiés. La Charte est ouverte à tous les acteurs du cyclisme : équipes, organisateurs d’événements, Fédérations Nationales, diffuseurs et fournisseurs.
Vous trouverez ici davantage d’informations sur la Charte pour l’action climatique de l’UCI. Pour devenir signataire, cliquez ici.
Crédits photo :
Photo principale : Sortie à vélo ouverte au public sur le circuit urbain, Cathrine Yde / Copenhagen Sprint
Food trucks dans l’espace festivités, Andreas Roungkvist / Copenhagen Sprint
Système de consigne pour les emballages alimentaires, Andreas Roungkvist / Copenhagen Sprint
Course féminine sur la ligne d’arrivée, Lars Rønbøg / Copenhagen Sprint.