L’Échappée verte – L’Arctic Race of Norway électrifie le Grand Nord

Une charge d’avance

Cet article est le deuxième d’une série intitulée L’Échappée verte, qui met en lumière la manière dont les signataires de la Charte pour l’action climatique de l’UCI prennent des mesures concrètes pour réduire leur impact environnemental et bâtir un avenir plus durable pour le cyclisme.

L’Arctic Race of Norway

L’Arctic Race of Norway (ARN) est une course par étapes masculine de quatre jours, réservée aux professionnels, qui se déroule chaque mois d’août dans le nord de la Norvège. Disputée pour la première fois en 2013, elle est organisée conjointement par Amaury Sport Organisation (ASO), organisatrice du Tour de France, et Arctic Sport, un organisateur d’événements régional basé à Harstad. La course fait partie de l’UCI ProSeries, la deuxième division du cyclisme sur route professionnel, et réunit chaque année des UCI WorldTeams et des UCI ProTeams.

La géographie occupe une place centrale dans la démarche de durabilité de l’ARN au vu de son statut de course cycliste professionnelle la plus septentrionale au monde. Se déroulant dans l’une des régions les plus reculées du calendrier européen de la route, l’ARN doit affréter des vols depuis Bruxelles pour acheminer les coureurs et leur matériel vers le nord, puis fournir à chaque équipe, à son arrivée, une petite flotte de véhicules : deux voitures, une camionnette de neuf places et un petit camion. C’est précisément ce contrôle direct sur l’ensemble du convoi qui a permis à l’ARN de devenir la première course cycliste à passer à une flotte intégralement électrique, malgré les défis logistiques considérables posés par le Grand Nord.

Ce virage a débuté en 2019, lorsque le fournisseur officiel de véhicules de l’ARN a insisté sur la nécessité d’une transition vers l’électrique dans le cadre de la poursuite du partenariat. Ce qui n’était au départ qu’une clause contractuelle s’est toutefois rapidement transformé en orientation stratégique de long terme pour la course.

Le défi de la recharge

La Norvège est le leader mondial de l’adoption du véhicule électrique : en 2025, environ 96 % des voitures neuves vendues dans le pays étaient entièrement électriques. Pour l’ARN, les véhicules n’ont jamais été l’obstacle ; c’est leur recharge qui a représenté un défi considérable. Si le sud du pays bénéficie d’un réseau de recharge complet, ce n’est pas le cas du nord de la Norvège, et l’ARN a dû développer sa propre infrastructure mobile dédiée afin de ne pas exercer une pression excessive sur les capacités existantes.

Les organisateurs de la course ont donc noué des collaborations avec des fournisseurs d’électricité locaux dans les régions du Lofoten et du Vesterålen, où la course devait se dérouler en 2019. Ensemble, ils ont mis au point un système d’unités de recharge mobiles capables de se déplacer avec la course, étape après étape. Trois remorques ont été construites et déployées pour l’édition 2019. Ces unités ont été conçues non seulement pour l’événement lui-même, mais aussi pour un usage durable dans la région, au service d’autres activités et du développement des infrastructures à long terme. Élément essentiel : l’électricité alimentant chaque unité de recharge provient du réseau local, lui-même principalement alimenté par l’hydroélectricité.

De l’expérimentation à la flotte intégralement électrique

En 2019, l’ARN a déployé 45 véhicules électriques, affectés au personnel administratif à titre pilote. Ils ont fonctionné de manière fiable tout au long de l’événement et ont suscité l’intérêt des équipes participantes, désireuses d’emboîter le pas, ce qui a soutenu l’expansion progressive de la flotte.

Après une interruption en 2020 en raison de la pandémie de Covid-19, le nombre de véhicules électriques a augmenté d’année en année : 65 en 2021, 91 en 2022, puis, avec 130 véhicules en 2023, l’ARN est passée à une flotte entièrement électrique. Face à cette expansion rapide, les besoins en capacité de recharge ont également augmenté ; depuis 2021, un partenaire dédié fournit entre 16 et 18 unités de recharge mobiles par édition. Gérées par une équipe de dix à quinze personnes, ces unités assurent à la fois le fonctionnement de la course et la recharge nocturne, garantissant que chaque véhicule est pleinement chargé et prêt pour les équipes chaque matin.

Adaptation opérationnelle et conception de la course

Le passage à une flotte intégralement électrique a nécessité une révision des protocoles de planification, afin de tenir compte de l’autonomie des véhicules et du temps de recharge requis. Par prudence, une autonomie annoncée par le constructeur de 450 kilomètres est désormais considérée comme équivalant à 300 kilomètres en conditions réelles, compte tenu des conditions de conduite en course et du poids des véhicules d’équipe pleinement chargés. La planification des étapes intègre désormais l’autonomie des véhicules comme facteur déterminant, au même titre que des considérations plus traditionnelles telles que le profil sportif, la sécurité et les sites d’accueil. La viabilité d’une étape donnée dépend en partie des distances entre son départ, son arrivée et les hôtels des équipes les plus proches.

Un cadre de durabilité plus large

Le recours aux véhicules électriques ne constitue qu’un volet d’une démarche de durabilité plus vaste, qui a permis à la course d’obtenir, en 2021, la certification Eco-Lighthouse (Miljøfyrtårn). Il s’agit de la norme de gestion environnementale la plus utilisée en Norvège, reconnue au niveau européen et considérée comme équivalente à des référentiels internationaux tels que l’ISO 14001 et l’EMAS. Exigeant un compte rendu systématique dans des domaines tels que la consommation d’énergie, la gestion des déchets, les achats et le transport, cette certification a joué le rôle à la fois de référentiel et d’outil de planification, incitant à une évaluation plus critique des chaînes d’approvisionnement et des pratiques d’achat. Cela a contribué à une tendance plus large vers la relocalisation : des matériaux tels que la signalétique, les barrières et les infrastructures d’étape, auparavant acheminés chaque année depuis la France, sont désormais de plus en plus produits dans le nord de la Norvège.

La course s’appuie également sur des réseaux régionaux de bénévoles et d’organisations sportives, renforçant l’engagement communautaire et favorisant le transfert de compétences opérationnelles vers d’autres événements locaux.

Impact régional et visibilité à long terme

Au-delà de ses activités immédiates, l’ARN joue un rôle plus large dans sa région. Le nord de la Norvège fait face à des défis démographiques persistants : les jeunes générations partent durablement vers le sud. Des événements de l’envergure et de la visibilité internationale de l’ARN contribuent à faire de la région une destination plus attractive, tant pour le tourisme que pour les investissements.

Cet impact plus large a été reconnu dans d’autres secteurs. En 2025, la ville de Narvik, qui accueillera l’arrivée de l’édition 2026 de l’ARN, a été désignée hôte des Championnats du Monde de Ski Alpin FIS 2029, en partie grâce aux liens et aux infrastructures mis en place par l’ARN.

Un modèle collaboratif pour le changement

Après l’électrification complète de sa flotte de véhicules principaux, l’ARN ambitionne désormais de faire de même pour les quelque 65 camionnettes et camions utilisés pendant la course. Des efforts sont déjà en cours pour s’approvisionner localement en alternatives électriques, et les premières camionnettes électriques ont été introduites lors de l’édition 2025 de la course.

La progression de l’ARN vers l’électrification totale a été enclenchée par un seul partenariat, et c’est par la collaboration – avec les fournisseurs d’énergie, les autorités locales et les organisations communautaires – qu’elle s’est poursuivie.

Revenant sur cette démarche, Thibault Freté, Chef de projet à l’Arctic Race of Norway, déclare : « Dans notre partie du monde, si l’on affronte seul un défi, les chances d’échouer sont élevées. Mais si l’on s’unit et que l’on avance ensemble, on se donne une vraie chance d’y parvenir. Et si quelque chose fonctionne dans notre petit nord de la Norvège, cela peut fonctionner n’importe où dans le monde. »

À propos de la Charte pour l’action climatique de l’UCI

La Charte pour l’action climatique de l’UCI, adoptée en septembre 2022, constitue le cadre collectif du cyclisme en matière de responsabilité environnementale. En signant la Charte, les organisations s’engagent à progresser sur huit principes clés, notamment la mesure et la déclaration de leurs émissions selon des normes reconnues au niveau international, la réduction des déchets, la priorité aux énergies renouvelables, la promotion des déplacements actifs et à faible émission de carbone, et la protection de la biodiversité, tout en ayant l’occasion de collaborer avec d’autres parties prenantes du secteur du cyclisme à diverses occasions, telles que des webinaires dédiés. La Charte est ouverte à tous les acteurs du monde cycliste : équipes, organisateurs d’événements, Fédérations Nationales, diffuseurs et fournisseurs.

Pour plus d’informations sur la Charte, cliquez ici. Pour devenir signataire, cliquez ici.

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