Qu’est-ce que le cyclisme sur piste ?

La course au vélodrome

À l’approche de la Coupe du Monde Piste UCI 2026, qui débutera début mars à Perth (Australie), nous nous penchons sur l’action frénétique observée dans les vélodromes du monde entier depuis le XIXe siècle. Discipline traditionnelle, profondément ancrée dans l’histoire du cyclisme de compétition, la piste est aussi un sport résolument à la pointe, comme les coureurs d’élite s’apprêtent à l’illustrer avec des performances propulsées par des technologies de très haut niveau.

Retour aux origines

L’histoire du cyclisme de compétition nous ramène à la fin du XIXe siècle. À mesure que la bicyclette se répandait comme moyen de déplacement et de transport, les premières courses apparurent, offrant aux athlètes l’occasion de démontrer leur puissance, leur endurance et leur ténacité. Tandis que certains se lançaient à la conquête du monde sur routes ouvertes, donnant naissance aux Classiques et aux Grands Tours, d’autres choisissaient des pistes spécialement construites, ce qui permettait un effort standardisé pouvant être comparé indépendamment du moment et du lieu où il avait été réalisé.

Les compétitions de cyclisme sur piste illustrent à la fois la force des coureurs et les capacités de leurs vélos. Lors de l’Exposition universelle de 1893, une piste fut construite sur le terrain de baseball de Chicago (États-Unis), où les premiers titres mondiaux de cyclisme furent attribués à l’Américain Arthur Zimmerman (vainqueur du sprint et du 10 km) et au Sud-Africain Lawrence Meintjes (derrière moto). Cet événement d’envergure fut sanctionné par l’International Cycling Association, premier organisme international régissant les compétitions cyclistes, créé en 1892 et dont le rôle fut repris par l’Union Cycliste Internationale (UCI) en 1900.

Les coureurs professionnels furent autorisés à participer à partir de 1895, un an avant les premiers Jeux olympiques modernes, à Athènes, où cinq titres furent décernés en cyclisme sur piste. Depuis lors, la discipline a considérablement évolué, tout en demeurant un pilier du sport cycliste.

À la pointe de la technologie

Avançons jusqu’au XXIe siècle : les coureurs d’élite rêvent désormais des maillots arc-en-ciel qui seront attribués en octobre prochain à Shanghai, lors des premiers Championnats du Monde UCI de cyclisme sur piste Élite organisés en Chine (les Championnats du Monde UCI Juniors sur piste avaient été accueillis à Luoyang en 2024), un an après une autre première, au Chili (Santiago).

À Shanghai, ils illumineront l’un des vélodromes les plus modernes au monde, une enceinte inaugurée en décembre 2023 et qui sert depuis 2024 de siège au Satellite continental de développement CMC UCI à Shanghai, Chine. La piste de 250 mètres est revêtue de pin rouge européen, mesure 7,5 mètres de large, présente une inclinaison maximale de 45° dans les virages et une inclinaison minimale de 13° dans les lignes droites. Chaque piste dans le monde est le résultat spécifique de recherches avancées destinées à soutenir des performances de très haut niveau.

Conformément aux règles de l’UCI, « la longueur d’une piste doit être comprise entre 133 mètres et 500 mètres maximum [et] doit être déterminée de telle sorte que pour un certain nombre de demi-tours parcourus, on obtienne une distance égale à 1 kilomètre juste, avec une tolérance de mensuration de + 5 centimètres ». Les pistes de 250 mètres sont les plus communes, car elles constituent la norme pour les Championnats du Monde UCI et les Jeux olympiques.

La précision est indispensable en cyclisme sur piste, une discipline qui a vu les coureurs développer des concepts pionniers dans leur quête de performance. Au fil des décennies, les fabricants de vélos ont remplacé l’acier par la fibre de carbone, l’analyse vidéo et des données a pris un rôle majeur, et les équipes comme les coureurs ont travaillé sans relâche sur l’aérodynamisme. Tout cela dans la poursuite d’un seul objectif : voler sur la piste.

Performances brutes et course stratégique

Le cyclisme sur piste moderne offre une large palette d’efforts et d’émotions, des accélérations de moins de 10 secondes aux tentatives de record de l’heure. Aujourd’hui, 22 titres de Champion du Monde UCI sont en jeu chaque année : 11 pour les hommes et 11 pour les femmes. Ils comprennent les six épreuves au programme des Jeux olympiques – keirin, Madison, omnium, sprint, poursuite par équipes et vitesse par équipes – ainsi que l’élimination, la poursuite individuelle, la course aux points, le kilomètre contre-la-montre et le scratch.

Les épreuves sur piste peuvent être divisées en deux grandes catégories : le sprint et l’endurance. La première catégorie a récemment été incarnée par le Néerlandais Harrie Lavreysen, qui déferle dans les vélodromes à plus de 70 km/h pour devenir le coureur ayant remporté le plus grand nombre de titres mondiaux UCI sur piste, grâce aux plus de 2 000 watts développés par ses jambes. Les disciplines d’endurance mettent également en valeur des talents polyvalents comme l’Américaine Kristen Faulkner, qui a décroché une médaille d’or sur piste et sur route lors des Jeux olympiques de Paris 2024.

D’autres stars, comme l’Italien Filippo Ganna, sont célébrées pour leur capacité à conjuguer piste et route, dans le sillage d’icônes telles que son compatriote Fausto Coppi ou le Français Jacques Anquetil, auteurs de mémorables Records de l’Heure en vélodrome. Ganna est l’actuel détenteur masculin du Record de l’Heure UCI présenté par Tissot – 56,792 km parcourus en octobre 2022 à Granges (Suisse) – et il rêve de gloire dans le vélodrome de Roubaix, à l’issue de Paris-Roubaix, le Monument mythique de la route. Les vélodromes sont le théâtre de toutes les émotions.